Un retraité qui touche une pension modeste peut basculer dans l’imposition d’une année sur l’autre, sans avoir gagné un euro de plus. La revalorisation annuelle des pensions, combinée à des seuils fiscaux qui bougent peu, suffit à faire franchir la ligne. En 2026, plusieurs mécanismes fiscaux nouveaux viennent alourdir la note pour ceux qui détiennent de l’épargne ou un PER, même si l’abattement de 10 % sur les pensions reste en place.
PER après 70 ans : la déduction fiscale supprimée en 2026
Depuis le 1er janvier 2026, les versements volontaires sur un Plan Épargne Retraite effectués par un titulaire de 70 ans ou plus ne sont plus déductibles du revenu imposable. Concrètement, un retraité qui alimentait son PER pour réduire son impôt perd ce levier du jour au lendemain.
Pour les futurs imposables, la conséquence est directe. Ceux qui comptaient sur la déduction PER pour rester sous le seuil d’imposition doivent revoir leur stratégie. Après 70 ans, le PER ne réduit plus l’impôt sur le revenu.
Les versements restent possibles, mais sans avantage fiscal à l’entrée. Autrement dit, l’argent placé sur le PER sera taxé à la sortie (en capital ou en rente) sans avoir permis de diminuer le revenu imposable au moment du versement. Pour un retraité proche du seuil, ce changement peut représenter plusieurs centaines d’euros d’impôt en plus chaque année.

CSG sur les revenus du capital : hausse des prélèvements sociaux en 2026
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a relevé la CSG sur les revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %. Les prélèvements sociaux globaux passent ainsi de 17,2 % à 18,6 %, et le taux de la flat tax grimpe de 30 % à 31,4 %.
Les taux de CSG sur les pensions restent inchangés (3,8 %, 6,6 % ou 8,3 % selon le revenu fiscal de référence). On ne parle pas ici d’une ponction supplémentaire sur la retraite mensuelle elle-même.
En revanche, tout retraité qui perçoit des revenus du capital (intérêts, dividendes, plus-values, rachats d’assurance-vie) est directement touché. Pour un futur imposable qui détient un contrat d’assurance-vie ou des placements financiers, la note s’alourdit sur chaque retrait ou encaissement.
Qui est concerné parmi les retraités
- Ceux qui effectuent des rachats partiels sur une assurance-vie pour compléter leur pension mensuelle : la part taxable du rachat subit la hausse.
- Ceux qui perçoivent des dividendes d’actions détenues hors PEA : le prélèvement forfaitaire unique passe à 31,4 %.
- Ceux qui vendent un bien immobilier (hors résidence principale) : la CSG sur la plus-value immobilière augmente dans les mêmes proportions.
Un retraité qui complète sa pension de quelques centaines d’euros par mois via son épargne voit donc son rendement net diminuer, même si sa pension de base n’a pas bougé.
Abattement de 10 % sur les pensions de retraite : ce qui reste en vigueur
L’abattement de 10 % sur les pensions est maintenu pour l’ensemble des retraités.
Ce mécanisme s’applique automatiquement lors de la déclaration de revenus, avec un plancher de 400 euros et un plafond de 3 900 euros par an. Il n’y a rien à cocher ni à demander : l’administration fiscale le calcule.
L’option frais réels, rarement utilisée mais parfois rentable
Peu de retraités le savent, mais il existe une alternative : déclarer ses frais réels à la place de l’abattement forfaitaire. Si les dépenses justifiables (frais de gestion de patrimoine locatif, par exemple) dépassent 10 % du montant des pensions, cette option peut s’avérer plus avantageuse. Les retours varient sur ce point, car la situation dépend du montant exact de la pension et des frais engagés.

Revenu fiscal de référence : le seuil qui déclenche tout
Pour un futur imposable, le chiffre à surveiller n’est pas directement le montant de la pension. C’est le revenu fiscal de référence (RFR), inscrit sur l’avis d’imposition. Ce RFR conditionne l’accès à de nombreux dispositifs : exonération de taxe foncière, taux réduit de CSG, aides au logement, tarifs en EHPAD.
Franchir le seuil d’imposition ne signifie pas seulement payer l’impôt sur le revenu. C’est souvent un effet domino :
- Passage à un taux de CSG supérieur sur la pension (de 3,8 % à 6,6 %, ou de 6,6 % à 8,3 %), ce qui réduit le net perçu chaque mois.
- Perte d’exonérations locales (taxe foncière, redevance).
- Réduction ou suppression de certaines aides sociales indexées sur le RFR.
Une revalorisation de pension de quelques dizaines d’euros peut déclencher une perte nette globale quand elle fait basculer le RFR au-dessus du seuil. C’est le piège classique pour les retraités modestes dont la pension frôle la limite.
Déclaration de revenus 2026 : les points de vigilance concrets
Au moment de remplir la déclaration, plusieurs réflexes permettent d’éviter les mauvaises surprises. Le premier est de vérifier la ligne des pensions pré-remplie : les caisses de retraite transmettent les montants bruts, et des erreurs existent, notamment quand on perçoit plusieurs pensions complémentaires (AGIRC-ARRCO, IRCANTEC).
Le second point concerne les revenus exceptionnels. Un rachat ponctuel sur une assurance-vie ou la vente d’un bien peut faire exploser le RFR sur une seule année. Étaler les rachats sur plusieurs années fiscales reste la méthode la plus simple pour ne pas franchir un seuil de manière artificielle.
Enfin, les retraités hébergés en EHPAD ou en résidence autonomie doivent vérifier que la réduction d’impôt liée aux frais de dépendance est bien prise en compte. Cette réduction, calculée sur les dépenses restant à charge, peut faire redescendre l’imposition sous le seuil critique.
La fiscalité des retraités en 2026 ne se résume pas à l’abattement de 10 %. Entre la fin de la déductibilité du PER après 70 ans, la hausse de la CSG sur le capital et les effets de seuil du RFR, les leviers d’ajustement existent mais demandent d’être anticipés avant la déclaration, pas après l’avis d’imposition.

