Partir vivre sa retraite à l’étranger, c’est souvent un projet mûri pendant des années. Le Portugal, l’Espagne, la Grèce ou la Thaïlande reviennent dans toutes les listes. Le pays qui figure en tête des classements n’est pas forcément celui qui convient à votre budget, à votre santé ou à votre situation familiale. Avant de boucler les valises, quelques réalités méritent d’être posées sur la table.
Fiscalité des pensions à l’étranger : ce qui a changé récemment
Beaucoup de retraités français ont choisi le Portugal pour son régime fiscal avantageux, le statut de résident non habituel (RNH). Ce dispositif permettait une exonération ou une taxation réduite sur les pensions étrangères pendant dix ans.
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Ce régime a pris fin pour les nouveaux résidents à compter de 2024, conformément à la loi n° 56/2023 du 6 octobre 2023 publiée au Diário da República. Le Portugal n’offre plus d’avantage fiscal aux nouveaux arrivants sur leurs pensions. Ceux qui en bénéficiaient déjà conservent leurs droits acquis, mais tout nouveau projet doit intégrer cette donnée.
La Grèce propose de son côté une taxe forfaitaire de 7 % sur les revenus étrangers pendant quinze ans, un dispositif qui reste actif. L’écart entre ces deux pays sur le plan fiscal s’est donc inversé en quelques mois. Comparer les destinations sans vérifier la législation en vigueur l’année de votre départ revient à planifier un budget sur des bases obsolètes.
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Retraités qui reviennent en France : un phénomène sous-estimé
Les flux de retour existent et augmentent. Les données de la DREES sur les pensions montrent une progression continue des pensions versées à des assurés revenus s’installer en France après un séjour à l’étranger. La Caisse des Français de l’Étranger (CFE) confirme la même tendance dans son rapport d’activité 2023.
Les raisons du retour sont concrètes : hausse du coût de la vie locale (le Portugal et le Maroc sont cités), érosion des avantages fiscaux, et surtout des difficultés d’accès aux soins spécialisés. Vivre dans un pays où le médecin généraliste est accessible ne garantit pas un accès fluide à un cardiologue, un oncologue ou un gériatre.
Un séjour test de trois mois, en conditions réelles (pas en vacances), reste la meilleure façon de valider qu’un pays vous convient au quotidien.
Climat et retraite au soleil : le facteur canicule
Le soleil figure en tête des motivations pour s’expatrier. L’Espagne, le sud du Portugal, la Grèce offrent un ensoleillement généreux. Mais le rapport 2024 de l’Agence européenne pour l’environnement signale une augmentation marquée des journées de canicule dans ces trois zones depuis 2010.
Pour un retraité de 70 ans avec une pathologie cardiaque ou respiratoire, des températures dépassant régulièrement les seuils de confort pendant plusieurs semaines par an ne sont pas un détail. Le stress hydrique (manque d’eau) s’ajoute au tableau dans certaines régions du sud de l’Europe.
Des alternatives climatiques émergentes
Des pays comme la Slovénie ou le nord de l’Italie combinent désormais un climat tempéré, une bonne qualité de l’air et des systèmes de santé performants. Ces destinations montent dans les recommandations, même si elles ne figurent pas encore dans les classements traditionnels des retraités français. Le critère climatique ne se résume plus au nombre de jours de soleil, il intègre aussi la vivabilité en été.

Visa et couverture santé : les pièges à vérifier pays par pays
Pourquoi ce sujet est-il si mal compris ? Parce que chaque pays applique ses propres règles, et celles-ci évoluent vite. Prenons la Thaïlande, régulièrement citée pour son coût de la vie bas et ses soins privés abordables.
Le visa O-A (séjour longue durée pour retraités) impose désormais une assurance santé couvrant un montant minimum, selon les conditions mises à jour par l’ambassade royale de Thaïlande à Paris en avril 2024. Sans cette couverture, pas de visa. Et cette assurance a un coût qui augmente avec l’âge.
Voici les points à vérifier systématiquement avant de choisir un pays :
- Type de visa retraité disponible et ses conditions de renouvellement (durée, justificatifs de revenus, assurance obligatoire)
- Accès au système de santé public local ou nécessité de souscrire une assurance privée, et les plafonds de couverture exigés
- Conventions fiscales entre la France et le pays de destination pour éviter la double imposition sur vos pensions
- Possibilité de conserver vos droits à la Sécurité sociale française via la CFE, et le coût de cette adhésion
Un pays attractif sur le papier peut devenir contraignant si les démarches administratives sont lourdes ou si la couverture santé exige un budget supplémentaire non anticipé.
Coût de la vie réel et budget mensuel selon les destinations
Les classements affichent souvent des fourchettes de loyer pour donner une idée du budget. Un appartement de type T2 peut varier d’environ 400 euros dans certaines villes d’Asie du Sud-Est ou du Maghreb à plus de 1 100 euros dans les zones prisées du Portugal ou de l’Espagne.
Mais le loyer ne représente qu’une partie du budget. Les postes qui varient le plus d’un pays à l’autre sont l’alimentation, les transports et surtout les soins de santé non couverts. En Thaïlande, les soins privés restent compétitifs par rapport à la France. Au Portugal, les délais dans le système public peuvent pousser vers le privé, avec des tarifs en hausse.
Ce que le budget ne dit pas
Vivre avec 1 500 euros par mois au Maroc ou en Grèce est possible. Mais ce montant suppose souvent de renoncer aux allers-retours réguliers en France, aux visites chez les petits-enfants, aux billets d’avion en haute saison. Le coût de l’isolement familial n’apparaît dans aucun tableau comparatif, et c’est pourtant l’une des premières raisons de retour.
Avant de comparer des chiffres, listez vos dépenses incompressibles : trajets France-destination, mutuelle ou assurance privée, et budget soins dentaires ou optiques, rarement couverts à l’étranger. C’est cette addition complète qui détermine si un pays est réellement adapté à votre retraite, pas seulement le prix du loyer.

