La grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources) est un outil d’évaluation national qui mesure la perte d’autonomie d’une personne âgée à travers 17 variables. Elle classe chaque personne dans un groupe iso-ressources (GIR) allant de 1 à 6, du niveau de dépendance le plus lourd au plus léger. Pour les aidants familiaux, comprendre cette grille permet d’anticiper les démarches liées à l’APA et de préparer la visite d’évaluation à domicile.
Variables discriminantes de la grille AGGIR : ce que l’évaluateur observe vraiment
La grille AGGIR repose sur 10 variables dites discriminantes, celles qui déterminent directement le classement en GIR. Chacune est cotée selon trois modalités : la personne fait seule et correctement (A), partiellement (B), ou ne fait pas du tout (C).
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- Cohérence et orientation : capacité à converser de façon logique et à se repérer dans le temps et l’espace. Ces deux variables évaluent les fonctions mentales, pas uniquement physiques.
- Toilette, habillage, alimentation, élimination : quatre variables liées aux gestes corporels du quotidien, chacune décomposée (haut/bas du corps pour l’habillage, se servir/manger pour l’alimentation).
- Transferts et déplacements intérieurs : capacité à se lever, se coucher, s’asseoir, puis à circuler dans le logement avec ou sans aide technique.
- Déplacements extérieurs et communication à distance : capacité à sortir du domicile et à utiliser un téléphone ou une alarme.
Depuis 2024, plusieurs départements exigent que l’évaluation se fasse en situation réelle de vie, par observation directe des gestes, et non sur simple déclaratif de la famille. L’évaluateur regarde concrètement comment la personne se lève, se déplace dans le logement ou se repère dans le temps.
Cette évolution change la préparation de la visite : mieux vaut ne pas « sur-aider » le proche juste avant le passage de l’évaluateur, au risque de masquer des difficultés réelles qui feraient baisser le GIR attribué.
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Variables illustratives et plan d’aide APA : un rôle souvent sous-estimé
Les 7 variables illustratives (gestion du budget, cuisine, ménage, transports, achats, suivi du traitement, activités de temps libre) ne modifient pas le GIR. Beaucoup d’aidants les considèrent donc comme secondaires. C’est une erreur.
Ces variables servent à construire le plan d’aide personnalisé qui accompagne l’attribution de l’APA. Elles permettent à l’équipe médico-sociale d’ajuster le nombre d’heures d’aide à domicile, de prévoir des solutions de répit ou d’orienter vers le portage de repas.
Concrètement, une personne classée GIR 4 dont les variables illustratives révèlent une incapacité à gérer ses traitements et à faire ses courses obtiendra un plan d’aide plus étoffé qu’une autre personne GIR 4 autonome sur ces aspects. Lors de la visite, décrire précisément les difficultés sur ces activités domestiques et sociales a donc un impact direct sur le volume d’aide financé.
Classement GIR et accès à l’allocation personnalisée d’autonomie
Le croisement des cotations sur les 10 variables discriminantes produit un classement en 6 niveaux de GIR. Seuls les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l’APA, que la personne vive à domicile ou en établissement.
GIR 1 et GIR 2 : dépendance lourde
Le GIR 1 concerne les personnes confinées au lit ou au fauteuil dont les fonctions mentales sont gravement altérées, nécessitant une présence continue. Le GIR 2 regroupe deux profils distincts : des personnes dont les fonctions mentales sont très atteintes mais qui conservent une certaine mobilité, ou des personnes lucides mais très dépendantes physiquement.
GIR 3 et GIR 4 : dépendance partielle
Le GIR 3 correspond à des personnes qui conservent leur autonomie mentale mais ont besoin d’aide plusieurs fois par jour pour les gestes corporels. Le GIR 4, le plus fréquent parmi les bénéficiaires de l’APA, concerne ceux qui ont besoin d’assistance pour les transferts, la toilette ou les repas, sans dépendance totale.
GIR 5 et GIR 6 : pas d’APA
Ces deux niveaux correspondent à des personnes autonomes ou ayant besoin d’une aide ponctuelle. Elles peuvent toutefois bénéficier d’autres dispositifs (aide-ménagère, action sociale de leur caisse de retraite).

Contester ou faire réviser un GIR : les leviers concrets pour les aidants
Un GIR attribué n’est pas définitif. Une révision peut être demandée à tout moment en cas d’aggravation, de chute ou d’hospitalisation. Les conseils départementaux reconnaissent explicitement ce droit, y compris en cas de désaccord sur l’évaluation initiale.
La démarche commence par un courrier au président du conseil départemental, en joignant des certificats médicaux récents et, si possible, un compte-rendu d’hospitalisation. Un médecin traitant ne peut pas fixer le GIR lui-même, mais son avis médical pèse dans la réévaluation.
Depuis 2024, la montée des contestations de GIR a poussé certains départements à formaliser des procédures de recours plus transparentes. En pratique, une nouvelle visite à domicile est programmée avec un autre évaluateur. L’aidant a le droit d’être présent et de signaler des éléments que la personne âgée pourrait minimiser par fierté ou par oubli.
Grille AGGIR et droits sociaux du proche aidant
La grille AGGIR ne concerne pas uniquement la personne âgée. Le niveau de GIR du proche ouvre des droits sociaux à l’aidant familial. Le congé de proche aidant, par exemple, est accessible aux salariés qui accompagnent une personne classée en GIR 1 à 3 (ou présentant un taux d’incapacité reconnu).
Le GIR évalué peut aussi justifier des majorations de trimestres de retraite liées à l’aide apportée à un parent dépendant, via le dispositif d’assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF). Le lien entre la cotation AGGIR et ces droits sociaux reste peu connu des familles, alors qu’il représente un levier financier réel sur le long terme.
Garder une copie de la notification de GIR et du plan d’aide APA facilite toutes ces démarches. Ces documents servent de justificatif auprès de l’employeur comme de la caisse de retraite, sans avoir à relancer le département.

